Quelques conseils prudents

[Cet article fut publié pour la première fois par M. Judge dans la revue américaine The Path de juillet 1893, sous le pseudonyme de Rodriguez Undiana.]

N’émettez pas d’opinions qui tendent à mêler la Société Théosophique [ou le Mouvement Théosophique en général] à une croyance religieuse, à une théorie politique, à l’observance ou non d’une coutume sociale.

Méfiez-vous du principe que les riches, ou ceux qui, dans la vie sociale, requièrent la Théosophie au même titre que les classes plus humbles, doivent être l’objet d’attentions spéciales, alors qu’ils négligent ou refusent  ouvertement d’aider la Société par leurs dons en argent et leur travail.

Ne vous laissez pas décevoir par l’illusion qu’une tentative spéciale en vue de « convertir » une célébrité scientifique conférera un bénéfice appréciable au mouvement théosophique, et compensera suffisamment le temps que vous y consacrerez, et qui aurait pu être employé au travail général, parmi ceux prêts à vous écouter.

Ne dépréciez jamais les efforts d’un membre sincère désireux de répandre la Théosophie, pour la simple raison que ces efforts ne répondent pas à vos idéals de méthode ou de convenance.

Découragez toute tentative ayant pour but d’instaurer une censure de la littérature ou du travail théosophique, car une telle censure va à l’encontre du programme large et généreux qui constitue la base de la Société.

Ne vous laissez pas ébranler parce que des hommes de science revendiquent comme leurs propres découvertes récentes, ce que la littérature théosophique a toujours enseigné ; souvenez-vous que nous appartenons à ce mouvement non pour la gloire, mais enfin que les hommes atteignent à la vérité, peu importe la source dont ils prétendent la tenir.

N’oubliez jamais qu’une Branche théosophique existe pour l’étude de la théosophie, et non pour la discussion de sujets étrangers.

Que la sentimentalité ne vous fasse pas craindre d’exposer ce que vous considérez comme de la Théosophie, alors même que certaines personnes menacent de quitter les rangs parce que la puissance de votre théorie semble menacer leur marotte ; toutefois, prenez garde de considérer votre confiance personnelle comme la force de vos théories.

Ne vous laissez pas leurrer par l’idée que vous pouvez faire beaucoup de biens en vous associant à un groupement religieux dans lequel vous n’avez pas foi. Il n’y a aucun avantage pour la Théosophie à être introduite de force parmi ceux qui déclarent qu’ils n’en veulent pas.

Défiez-vous de ceux qui offrent de vendre la science spirituelle pour une somme d’argent, en autant de leçons. Il n’est pas défendu de percevoir un droit d’entrée aux conférences et exposés publics de principes théosophiques généreux, mais il est inadmissible de donner des cours sur les arts magiques, la science spirituelle, les secrets de la nature ou d’autres choses de ce genre, qui sont le fruit de la cupidité ou d’un intellect indiscipliné, et qui ne mènent à rien.

Soyez assez charitables pour vous souvenir que le théosophe est un être humain, et qu’il a peut-être à lutter doublement contre nos faiblesses ordinaires, parce qu’il a déclaré la guerre à sa nature inférieure.

Ne vous imaginez pas, parce que notre association est appelée une fraternité, qu’elle exclut la femme de ses rangs. L’anglais n’est pas la seule langue du monde, et en beaucoup d’autres langues, le même terme désigne à la fois le féminin et le masculin. La Théosophie ne s’occupe pas des distinctions de sexes et s’intéresse plus à l’âme qui est dépourvue de sexe, qu’au corps que cette âme habite.

Evitez soigneusement de confondre le Brahmanisme avec le Bouddhisme, et les religions qui fleurissent en dehors de l’Inde avec celles de ce pays. Le Bouddhisme n’étant pas la religion de l’Inde, il se produit une confusion de termes et d’idées, en appelant du nom d’Hindous, les Bouddhistes.

Abstenez-vous très soigneusement de confondre le Christianisme avec la religion de Jésus. L’un n’est pas l’autre, d’autant plus que le Christianisme est morcelé en plus de trois cents sectes différentes, tandis que Jésus n’avait qu’une seule doctrine.

Respectez profondément les sermons de Jésus, vous souvenant que dans ses discours, il n’a fait que réitérer une fois de plus la doctrine archaïque qui lui fut enseignée par les anciens théosophes dont il était un disciple.

Ne commettez pas l’erreur de prendre l’éclat de notre civilisation pour le progrès véritable. Mettez en parallèle le confort des habitations, le luxe des vêtements, les inventions mécaniques, le suffrage universel des hommes, et la pauvreté, la misère, le vice, le crime et l’ignorance que les premiers entraînent, avant de décider ce qui constitue la civilisation supérieure.

Rodriguez Undiana (W.Q. Judge)

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