Qu’est-ce que la Théosophie ?

La Théosophie considère que la Divinité est le TOUT, la source de toute existence, l’infini qui ne peut ni être compris ni connu, l’univers seul Le révélant, certains attachant à ce pronom neutre Le, un sens masculin, et profanant ainsi ce qui ne peut être anthropomorphisé. La vraie Théosophie a horreur de la matérialisation brutale ; elle préfère que, de toute éternité, l’Esprit de toutes choses visibles et invisibles, n’est qu’un Rayon irradié de la splendeur infinie du Grand Centre, et qui contient en lui le pouvoir de la génération et de la conception. Celui-ci produit à son tour ce que les Grecs appelaient le Macrocosme, les Cabalistes Tikkum ou Adam Kadmon, l’homme archétype, et les Aryens Purusha, le Brahm manifesté ou le Mâle Divin.

Pour donner une définition complète de la Théosophie, nous devons l’envisager sous tous ses aspects. Il est des êtres pour qui le monde intérieur n’est pas enveloppé d’une obscurité impénétrable. Grâce à cette intuition supérieure acquise par la Théosophia, ou la connaissance de Dieu, qui transfère le mental du monde de la forme dans celui de l’esprit sans forme, certains hommes ont pu, de tout temps et dans tous les pays, percevoir les choses du domaine intérieur ou invisible. C’est ce qui explique le « Samadhi » ou le Dyan Yog Samadhi des ascètes hindous ; le « Daimonionphoti » ou l’illumination spirituelle des Néo-Platoniciens ; la « confabulation sidérale des âmes » des Rose-Croix ou des philosophes du Feu ; et même l’extase des mystiques, et des mesmériques, ou spirites modernes ; tous ces états sont identiques en nature, quoique variés dans leurs manifestations. La recherche du « soi » divin de l’homme, si souvent considérée à tort comme la communion individuelle avec un Dieu personnel, était le but de tout mystique, et la croyance en sa possibilité semble remonter à la genèse de l’humanité, bien que chaque peuple lui ait donné un nom différent. Ainsi Platon et Plotin appellent « œuvre Noétique » ce que les yoguis et Shrotriyas nomment Vidya. « Par la réflexion, la connaissance de soi-même et la discipline intellectuelle, l’âme peut s’élever à la vision de la vérité, de la bonté et de la beauté éternelles – c'est-à-dire la Vision de Dieu – ou à l’epopteia » disaient les Grecs. « L’union de l’âme individuelle à l’Ame Universelle », disait Porphyre, « n’exige qu’un esprit parfaitement pur. Par la contemplation du soi, la chasteté parfaite, et la pureté du corps, l’homme peut s’en approcher, et recevoir dans cet état la vraie connaissance et l’illumination profonde ». Et le Swami Dayanund Saraswati, qui n’a lu ni Porphyre ni les ouvrages d’autres auteurs grecs, mais qui est un parfait érudit en science védique, dit dans son Véda Bhashya (opasna pradaru ank, 9) : « Pour atteindre Didsha,(la plus haute initiation) et Yog, il faut suivre les règles…L’âme peut, dans le corps humain, accomplir les plus grandes merveilles, si elle acquiert la connaissance de l’Esprit Universel (ou Dieu), et si elle se familiarise avec les propriétés et qualités (occultes) de tout ce qui existe dans l’univers. Un être humain (un Dikshit ou initié) peut ainsi acquérir le  pouvoir de voir et d’entendre à grandes distance ». Enfin, Alfred R. Wallace, membre de la Société Royale, sans contredit un grand naturaliste, bien que spirite, avoue avec une courageuse franchise : « C’est « l’esprit » seul qui sent, perçoit et pense, qui acquiert la connaissance, raisonne et aspire. . . il n’est pas rare de rencontrer des individus constitués de telle sorte que l’esprit peut percevoir indépendamment des organes corporels des sens, ou quitter totalement ou partiellement le corps pour un moment, et y revenir… l’esprit… communique plus aisement avec l’esprit qu’avec la matière. » Nous voyons ainsi pourquoi plus de vingt millions d’individus croient aujourd’hui, sous une forme différente, en ces mêmes pouvoirs spirituels auxquels croyaient les Yoguis et les Pythagoriciens, il y a près de 3.000 ans ; et cela, bien que des milliers d’années se soient écoulées entre l’époque des Gymnosophistes et notre période de haute civilisation, en dépit de la lumière que cette dernière répand, ou plutôt précisément grâce à la clarté rayonnante qu’elle jette sur les domaines  psychologiques et physiques de la nature…

Les Théosophes d’Alexandrie étaient divisés en néophytes, en initiés et en maîtres ou hiérophantes, et leurs règles étaient copiées sur celles des anciens Mystères d’Orphée, qui, selon Hérodote, les avait rapportées de l’Inde. Les disciples d’Ammonius prêtaient le serment de ne pas dévoiler ses doctrines supérieures, si ce n’est à ceux qui s’en étaient montrés tout à fait dignes, et qui avaient appris à considérer les dieux, les anges et les démons des autres peuples, selon l’hyponia ésotérique, ou signification cachée. « Les dieux existent, mais ils ne sont pas ce que les hoi polloi, la multitude ignorante suppose », dit Epicure. « Ce n’est pas celui qui nie l’existence des dieux adorés par la multitude qui est athée, mais  bien celui qui attache à ces dieux le sens que leur accorde la multitude ». A son tour, Aristote déclare que « ce qu’on nomme les dieux, ne sont que les premiers principes de l’Essence Divine qui pénètre tout l’univers de la nature.

Plotin, l’élève d’Ammonius, l’« enseigné de Dieu », nous dit que la gnose secrète ou la connaissance de la Théosophie, a trois degré, l’opinion, la science et l’illumination. « Le moyen d’atteindre la première, ou l’instrument pour l’acquérir, c’est la raison ou la perception ; pour atteindre la seconde, c’est la dialectique ; pour la troisième, c’est l’intuition. La raison est subordonnée à cette dernière, car l’intuition est la connaissanceabsolue, fondée sur l’identification de l’intelligence avec l’objet connu ». La Théosophie est, pourrait-on dire, la science exacte de la psychologie ; par 

rapport à la médiumnité naturelle et inculte, elle est ce qu’est la connaissance d’un Tyndall comparée aux notions de physique d’un écolier. Elle développe en l’homme une vision directe ; ce que Schelling dénomme « une réalisation de l’identité entre le sujet et l’objet dans l’individu » ; de telles sorte que, sous l’influence, et grâce à la connaissance d’hyponial’homme nourrit des pensées divines, voit toutes les choses comme elles sont en réalité, et finit par « devenir le réceptacle de l’Ame du Monde », pour employer une des plus belles expression d’Emerson. « Moi, l’imparfait, j’adore le parfait, qui est moi-même », dit-il dans son superbe Essai sur la Sur-Ame

L’homme, ignorant de la véritable signification des symboles divins ésotériques de la nature, est susceptible de confondre les pouvoirs de l’âme et d’attirer à lui les forces sombres et mauvaises qui rôdent autour de l’humanité – créations sinistres et tenaces des crimes et des vices humains – au lieu  de communier spirituellement et mentalement avec des êtres célestes supérieurs, avec des bons esprits (les dieux des théurgistes de L’Ecole Platonicienne) ; il tombera ainsi de la theurgia (magie blanche) dans la goetia (magie noire ou sorcellerie). Et cependant, ni la magie blanche, ni la magie noire ne sont ce que la superstition populaire entend par ces termes. La possibilité « d’évoquer les esprits » selon la clef de Salomon, est le comble de la superstition et le l’ignorance.

La pureté dans les actes et les pensées peut seule nous mettre en rapport « avec les dieux » et nous conduire au but que nous désirons atteindre. L’alchimie, que beaucoup pensent avoir été une philosophie spirituelle comme aussi une science physique, appartenait aux enseignements de l’école théosophique…

C’est un fait bien connu, que ni Zoroastre, ni Bouddha, ni Orphée, ni Pythagore, ni Confucius, ni Socrate, ni Ammonius Saccas, n’ont laissé d’écrits. La raison en est évidente. La théosophie est une arme à deux tranchants, dangereuse pour l’ignorant et l’égoïste. Comme toute philosophie antique, elle a ses fidèles parmi les modernes, mais jusqu’à une époque récente, ses disciples étaient très peu nombreux et appartenaient aux sectes et aux partis les plus variés. « Entièrement spéculative, ne créant pas d’école, la Théosophie a cependant exercé une influence silencieuse sur la philosophie ; et sans aucun doute, le moment viendra où ces idées répandues dans le silence, donneront une orientation nouvelle à la pensée humaine », remarque M. Kenneth R. H. Mackenzie, lui-même un mystique et un Théosophe, dans son important ouvrage The Royal Masonic Cyclopaedia.

 H.P. Blavatsky (Revue Théosophie vol. I N°1)

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