Études dans la Doctrine Secrète - Le Pèlerin Éternel

Procédons à l’étude de l’Homme ; mais si nous le séparons un seul instant du Tout Universel, ou  le considérons comme isolé ne serait-ce que d’un seul aspect, de ‘‘l’Homme Céleste’’ – L’Univers symbolisé par Adam Kadmon, Purushottama, ou leurs équivalents dans chaque philosophie – nous ne ferons tout au plus qu’échouer sans gloire dans notre tentative.

En plus, on doit noter qu’il y a des dangers imprévus et inattendus dans cette voie, si et seulement si, l’étudiant dans sa négligence et  son enthousiasme commence à faire sur lui-même et dans sa vie, des applications qui découlent d’une telle étude séparée de l’ensemble. Individuellement, que chaque étudiant soit fortement animé par une seule idée, celle qui est la grande vérité axiomatique que les Maîtres se sont précisément efforcés de transmettre largement aux théosophes, que la seule réalité éternelle et vivante est celle que, les Hindous appelle Paramatma et Parabrahm. É

Qu’est-ce que l’Homme ? Dès que l’étudiant commence à réfléchir sur cette question et, à faire usage des matériaux à sa disposition pour formuler une réponse, il rencontre une difficulté quelque peu étrange et inattendue. L’homme est une entité qui se présente différemment  selon différentes classes de personnes : pour le scientifique moderne, il est un groupement d’atomes qui se combinent selon des voies définies, pour se désintégrer dans le cours du temps. Pour le psychologue moderne et le pseudo-philosophe, l’homme est un ensemble de sensation-impressions et de leurs réflexes qui, se combinent pour donner naissance au mental qu’on peut aussi appeler âme ; pour le psychanalyste il est un amas de complexes ; pour le spiritualiste et le spirit, il est un fantôme ou esprit, incarné ou désincarné ; pour le théologien comme pour le chirurgien, il est respectivement une âme crée par Dieu devant être sauvée par la prière, et un corps façonné par la Nature pour être sauvé par le bistouri.

Comment la Théosophie définit-elle l’Homme ? Il est un être composite et qui, à différents stades de son évolution, manifeste différents pouvoirs et capacités. Il est ‘‘un composé d’essences de toutes les hiérarchies célestes’’ (S.D., I. 276) qui, forment les nombreux principes qui font de lui un être aussi bien qu’une forme et, lui confèrent au-delà, la soi-conscience et l’intelligence. Comme l’indique la (S.D., I. 189) : ‘‘Karma et l’évolution ont 

‘… concentré dans notre construction des extrêmes très étranges, Des natures différentes merveilleusement mélangées...’’’

On n’entend par ‘‘Natures’’ ‘‘les sept hiérarchies ou classes de Pitris et de Dhyan Choans qui composent notre nature et nos Corps.’’

Comme le montre Isis Dévoilé (I. 309) : ‘‘L'homme est une corrélation aussi bien des forces physiques et chimiques, que des pouvoirs spirituels.’’ c’est cette nature complexe de l’homme qui, pour les besoins d’étude et de compréhension, impose qu’on le soumette à nos divisions et subdivisions. Dans différents systèmes de pensées et de philosophies, l’homme est divisé en différents principes ou ensemble de facteurs. La Doctrine Secrète le montre clairement. Ceci a entraîné une grande confusion et incompréhension au point où, les idées et les suggestions ont été matérialisées ; les principes ont été personnifiés ; les abstractions sont devenues concrètes ; les allégories ont été prises pour des faits ; et l’Absolu lui-même a été anthropomorphisé.

Il est donc absolument nécessaire, que nous consacrions quelque temps à la compréhension de l’idée ‘‘initiale’’ selon laquelle, tous ces différent facteurs qui se combinent pour constituer  l’Homme ne sont que des aspects de la Vie Une. Comme l’indique H.P.B. dans les Transactions (p. 39) : -

Nous divisons l’homme en sept principes, mais cela ne signifie pas comme ce fut le cas autrefois, qu’il a sept peaux, entités, ou âmes. Ces principes sont tous des aspects d’un seul principe, et même ce dernier n’est temporairement qu’un rayon périodique de l’Un Eternel et de la  Flamme Infinie ou Feu.

A l’intérieur de l’homme, se trouvent tous les dieux et anges aussi bien que les diables et satans ; l’homme est lui-même à la fois Sura et Asura ; en lui se trouvent l’illusion-maya, l’ignorance avidya, ainsi que leurs opposés, la libération-mukti et l’émancipation-Nirvana. En lui on trouve les germes anciens des êtres représentant l’animal, la plante et le minéral, qui d’abord s’atrophièrent et se transformèrent par la suite ; il contient aussi, les germes des Anges-Dhyanis, des Etres Libérés du Nirvana, qui doivent d’abord être reconnus et fructifiés ensuite. La Doctrine Secrète dit à ce propos : -

Aucun Occultiste ne nierait que l'homme – de même que l'éléphant et le microbe, le crocodile et le lézard, le brin d'herbe et le cristal – ne soit, dans sa constitution physique, le simple produit des forces évolutives de la Nature au cours d'une série interminable de transformations. (D.S. I. 636)

Il n'y a dans l'Univers, qu'une Omniscience et Intelligence indivisible et absolue et, elle vibre à travers chaque atome et chaque point infinitésimal du Cosmos entier, du Cosmos qui n'a pas de limite et qu'on nomme l'ESPACE – considéré indépendamment de tout ce qui y est contenu. (D.S. I. 277)

L'Unité radicale de l'essence ultime de chaque partie constitutive des composés de la Nature – de l'Etoile à l'Atome minéral, du Dhyân Chôhan le plus élevé au plus petit infusoire, dans l'entière acception du mot et qu'on l'applique au monde spirituel, intellectuel ou physique – cette unité est la seule loi fondamentale de la Science Occulte. (D.S. I. 120)

‘‘Les Mondes, pour le profane,’’ d’après un Commentaire, sont composés des Eléments connus. Pour la conception d'un Arhat, ces Eléments sont eux-mêmes, collectivement, une Vie divine ; distributivement, sur le plan des manifestations, ils sont les masses innombrables de vies. Seul, le feu est UN, sur le plan de la Réalité Une : sur celui de l'Etre manifesté, et par conséquent illusoire, ses particules sont des Vies ardentes… De la VIE UNE, sans forme et incréée, procède l'Univers des Vies. (D.S. I. 249-50)

La VIE UNE… se manifeste en sept états qui, avec leurs subdivisions septénaires, forment les QUARANTE-NEUF FEUX dont on parle dans les livres sacrés. (D.S. I. 291)

Dans notre Monde Solaire, l'Existence Unique est le Ciel et la Terre, la Racine et la Fleur, l'Action et la Pensée. Elle existe dans le Soleil et aussi dans le ver luisant. Pas un atome ne peut y échapper. (D.S. I. 292)

Il est très urgent que l’étudiant mémorise ce fait extraordinaire : en tant qu’âme, intelligences, corps, nous sommes les aspects de la Vie Une ; nos pouvoirs et nos facultés, tels que le raisonnement, l’émotionnel, l’instinctif, le voluptueux sont aussi les aspects de cette même Vie Une ; la Vie Une par différents degrés de densité assume différentes caractéristiques et, en dépit du fait évident qu’en nous et dans la Nature, les forces conflictuelles et opposées opèrent à travers une variété de formes, les forces comme les formes, ne sont toutes que la manifestation de la Vie Une.

Ayant donc mis l’accent sur l’unité qui subsiste entre les parties constituantes de l’homme, et aussi entre l’homme, cette planète, et le Cosmos dont ils ne sont que des portions, analysons maintenant ces éléments différenciés.

Premièrement, considérons l’homme comme une dualité – une partie immortelle et mortelle,  subjective et objective.

Un processus double est actif (1) le non-manifesté et le manifesté ; (2) le centripète et le centrifuge ; (3) l’involution-pravritti et l’évolution-nivritti ; (4) le sans forme-arupa et la forme-rupa ; (5) le macrocosme et le microcosme ; (6) le bien et le mal ; (7) la compassion-Nirvana et la séparativité-avichi. Celles-ci et toutes les variantes ne sont que des aspects de la paire primordiale des opposées, de la ‘‘Double Force qui émane de l’Eternelle Essence.’’ (D.S. I. 353)

Les Occultistes…voient…dans ces deux Forces opposées que les deux aspects de l'unité universelle appelée le ‘‘MENTAL EN MANIFESTATION’’ ; aspects dans lesquels l'Occultisme, grâce à ses grands Voyants, reconnaît l'existence d'une innombrable Légion d'Etres actifs : les Dhyân-Chohans Cosmiques, Entités dont l'essence, dans sa double nature, est la Cause de tous les phénomènes terrestres. Car cette essence est consubstantielle à l'Océan Electrique universel qui est la VIE et, comme elle est double, ainsi que nous l'avons dit – positive et négative – ce sont les émanations de cette dualité qui agissent maintenant sur la terre sous le nom de "modes de mouvements", car le mot Force est lui-même tenu en suspicion, de peur qu'il n'amène quelqu'un à le séparer, même en pensée, de la Matière ! Ce sont, comme disent les Occultistes, les effets doubles de cette double essence, auxquels on a donné tantôt les noms de forces centripète et centrifuge, tantôt ceux de pôles négatif et positif, ou de polarité, de chaleur et de froid, de lumière et de ténèbres, etc. (D.S. I. 604)

 De cette dualité originelle, résulte ce que l’homme perçoit comme étant sa nature double – le mental inférieur et supérieur, la nature morale bonne et mauvaise, le corps mortel et le Soi immortel. De plus, l’étudiant en Occultisme associe à cette Double Force prototype, le double pouvoir de la Sagesse Secrète, la magie noire et blanche (Cf. II. 364). Lorsque nous nous mettons à analyser le contenu de notre cerveau, de notre intelligence, et de notre conscience, nous arrivons à comprendre qu’il y a en nous, ce qui est nous-même, qui est indestructible car indivisible. Nous savons par rapport au corps lui-même, que nous pouvons vivre sans bras et sans jambes, sans la ratiocination et la mémoire du cerveau, sans yeux, oreilles, nez, dépourvus du sens du toucher et du goût ; que le corps survivrait, si seulement, le cœur pouvait continuer à fonctionner en maintenant son faible lien avec le cerveau d’une part, et avec le plexus solaire d’autre part. Dans le corps lui-même, il y a des organes qui en périssant ne tueraient pas le corps, mais il y en a d’autres –trois en fait, qui sont connectées aux trois centres primaires – dont la destruction de l’un quelconque résulterait à la destruction de la totalité. Diviser le cœur et ce dernier est détruit et le corps périt. Prenons un autre aspect : en dépit des constants changements qui s’opèrent continuellement dans le corps, l’identité du corps, son architecture et sa structure survivent : la mort, qui est le grand Changement, diffère des millions de changements corporels, du fait qu’il change la matrice et l’architecture du corps. Tournons-nous un instant vers nos transformations psychologiques : dans les sentiments et les émotions, nous observons des changements et des différences ; tour à tour nous aimons et haïssons ; nous aimons et cessons d’aimer la même personne dans le cours du temps; nos sympathies et antipathies agissent de la même façon. De plus, les changements se produisent pour ce qui est de la connaissance et de l’ignorance, de nos idées et de nos pensées, des personnes et des choses; plus encore, l’élan d’aspiration et d’exaltation comme celui de la dépression alternent. Maintenant, comme le cœur dans le corps, nous constatons qu’à travers tous les changements de sentiments et de pensées, l’homme qui ressent et pense demeure intact. Cependant, l’identification demeure temporaire, aussi élevé soit-elle entre lui et ces processus ; tôt ou tard l’homme parvient à se reconnaître différent et supérieur à ses pensées, sentiments, actions, à sa tête, son cœur et ses mains. Ce qui demeure sans changer au milieu de tous les changements, est le Soi, immortel, indestructible, indivisible.

L'homme n'est certainement pas le produit d'une création spéciale. C'est le produit du travail de perfectionnement graduel de la Nature, comme toutes les autres unités vivantes sur cette Terre, mais ceci n'a trait qu'au tabernacle humain. Ce qui vit et pense dans l'homme, ce qui survit à cette forme, à ce chef-d’œuvre de l'évolution – c'est "l'Eternel Pèlerin", la différenciation Protéenne, dans l'Espace et le Temps, de l'Unique Absolu "Inconnaissable".  (D.S. II. 728)

Nous sommes quelque peu atteints de confusion, lorsque nous essayons d’appliquer à la constitution humaine les divers enseignements de la Théosophie. Comme première étape à la clarification de nos pensées, nous devons mettre en évidence cette dualité suprême qui demeure dans l’individu. Il y a en nous ce qui est immortel – le seul témoin en nous et autour de nous, des nombreux changements des sens,  sentiments et pensées. Voici à propos les sublimes paroles de la Bhagavad-Gita : -

L'esprit dans le corps est appelé Maheshvara, le Grand Seigneur, le spectateur, le conseiller, le soutien, le bénéficiaire et aussi Paramâtma, l'âme suprême. (Chp XIII, 22).

 

Il y a dans le cœur de chaque créature, ô Arjuna, le Maître —Îshvara — qui, par son pouvoir magique, cause la rotation de toutes les choses et de toutes les créatures sur la roue universelle du temps. Prends refuge en lui seul, ô fils de Bharata, et de toute ton âme ; par sa grâce tu obtiendras le bonheur suprême, le lieu éternel. (Chp XVIII, 61,62)

 

Ce Grand Spectateur a toujours observé le drame de l’évolution. Il est le témoin permanent  de la puissante cohésion de l’homogénéité de la matière racine, qui cause le rayonnement aériforme ; il la voit se condenser à l’instar de la voie lactée, comme une nébuleuse en mouvement provoquant de la poussière stellaire, causant la friction, et qui se stabilise finalement pour devenir plusieurs soleils, planètes et satellites. Il assiste à la naissance des forces élémentales, qui engendrent les cristaux et les minéraux à l’intérieur et autour de ces sphères et, observe le développement aussi bien des pousses d’arbustes et des plantes rampantes, que celui des arbrisseaux qui se transforment en arbres géants ; après de nombreux éons de vicissitudes et de patientes escalades, il veille sur  le berceau des insectes, des vers, des oiseaux et des bêtes et enfin, sur celui des bipèdes. Arrive ensuite l’homme qui, se libérant de la barbarie des tribus migratoires, s’intègre comme citoyen d’une nation dans une communauté quelconque, et à travers guerres et souffrances, il apprend à devenir cosmopolite et œuvre à la Fraternité de l’Humanité.

 

Cet enseignement a été résumé par les Kabbalistes et les Soufis de la façon suivante : - 

 

« Une pierre devient une plante, une plante une bête, une bête un homme, un homme un esprit, et un esprit un dieu »

 

‘‘Je mourus à la pierre et devint une plante ; je mourus à la plante et devint un animal ; je mourus à l’animal et devint un homme ; quand cesserais-je de grandir par la mort ? Je mourrai à l’homme pour donner naissance à un ange.’’

 

Mais, trois lignes d’évolution distinctes, sont représentatives, des trois aspects fondamentaux de la Vie Une se rencontrant dans l’homme. La pierre, la plante, l’animal donnent naissance à l’homme physique – l’Adam de Poussière. Le Témoin Puissant est un rayon, un souffle de l’Absolu. Ces deux-là ont besoin d’une conscience intelligente qui est fourni par la troisième ligne de l’Impulsion de Vie. La Doctrine Secrète est le texte du Puissant Drame d’Evolution dans lequel le Spectateur et les nombreux acteurs sont Un. En affirmant ce fait, elle réitère que le processus de différentiation est complexe et s’opère par l’homogénéité  qui, à l’origine est septuple mais se ramifie sans fin.

 

Le "Nous" qui fait mouvoir la matière, l'Ame qui anime, immanente dans chaque atome, manifestée dans l'homme, latente dans la pierre, a différents degrés de pouvoir ; et cette idée Panthéiste d'une Ame-Esprit générale, pénétrant toute la Nature, est la plus ancienne de toutes les notions, philosophiques. (D.S. I. 51)

 

L’idée à saisir et à retenir dans notre mémoire est, qu’il y a un Témoin en nous du panorama de croissance, qui a observé dans le passé sans commencement, qui le fait de nos jours, et qui observera dans le futur sans fin. C’est Atma, la Vie Une, réfléchie dans Buddhi, le véhicule indestructible - l’Eternel Spectateur.

 

Ensuite, il y a ce qui constitue l’expérimentateur en nous, celui qui souffre, le bénéficiaire qui a appris dans le minéral, s’est développé dans le végétal et a migré dans l’animal et qui, agit, sent, pense, désire dans l’homme. C’est Atma-Buddhi-Manas, la Triade immortelle, l’individualisation de l’Esprit Suprême – l’Eternel Pèlerin.

 

 A partir du concept de Dualité nous arrivons ainsi à percevoir la Trinité qui est l’étape suivante à saisir dans notre étude.

 

 

 

STUDIES IN THE SECRET DOCTRINE

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