Études dans la Doctrine Secrète - Le livre et la philosophie

Il est inutile d’expliquer que ce livre n’est pas LA DOCTRINE SECRÈTE toute entière, mais une sélection de quelques fragments de ses propositions fondamentales.  –  S.D., I, VIII.

LA DOCTRINE SECRÈTE est la Sagesse accumulée des Siècles.  – S.D., I, 272.

L’étudiant est invité à faire une distinction entre les deux volumes de La Doctrine Secrète d’H.P.B. et la Philosophie Ésotérique des âges Archaïques qui est aussi nommée LA DOCTRINE SECRÈTE.

Le livre fut publié en 1888 ; H.P.B. le décrivit comme « l’esquisse de quelques vérités fondamentales de LA DOCTRINE SECRÈTE des âges Archaïques », et elle ajouta : « je dis « quelques vérités » avec raison, car ce qui doit demeurer non révélé ne pourrait être contenu dans des centaines de volumes semblables » (S.D., I, xxii).

Le titre du livre évoque bien l’idée principale qu’il se propose de nous communiquer, à savoir l’existence d’un centre de connaissance, antique et vénérable, que dans le cours des âges quelques élus ont été seuls à connaître. Ce centre de connaissance, appelé LA DOCTRINE SECRÈTE, a reçu d’autres noms : la Philosophie Ésotérique est son synonyme exact ;  on l’appelle aussi la Religion-Sagesse, la Doctrine Archaïque Éternelle, et la Théo-Sophia. Chacun de ces termes a son original en sanskrit ; c’est ainsi que la Doctrine Secrète et la Philosophie Ésotérique correspondent à la Gupta Vidya ; la Religion-Sagesse à Bodhi-Dharma ; la Doctrine Archaïque et Éternelle à Sanatana Dharma ; la Théo-Sophia à Brahma Vidya. Il n’y a donc pas à s’étonner si H.P.B. l’appelle « LA DOCTRINE SECRÈTE de l’Orient » (S.D., I, xvii). 

LA DOCTRINE SECRÈTE est une chaîne de montagnes de Sagesse, vaste, prodigieuse et sublime, avec de nombreux torrents et des chutes d’eaux, qui symbolisent les principes destinés à apaiser la soif de connaissance et à délimiter les diverses régions. Des arbres innombrables et des arbustes symbolisant les détails de la doctrine qui s’étagent en rangées – chaque rangée indiquant l’altitude atteinte ; plusieurs sentiers s’ouvrent au pied des monts et tous, en pente douce ou abrupte, se rencontrent sur les sommets neigeux de la Pureté Éternelle. H.P.B. écrivit que c’est de cette DOCTRINE SECRÈTE que « nous tentons ici de donner une esquisse partielle » (S.D., I, 47).

« Cet ouvrage est écrit pour l’instruction des étudiants de l’Occultisme » (S.D., I, 23), mais les principes ésotériques qui y sont donnés « sont devenus maintenant exotériques » (revue Lucifer, III, 248).

H.P.B. déclare, dans un passage du livre, que « la plus grande partie de La Doctrine Secrète est dédiée à l’élucidation des véritables vues ésotériques sur l’origine et le développement social de l’Homme » (Lucifer, II, 257) ; Il ne faudrait pas cependant que cette modeste définition induisît en erreur. Car elle dit aussi : « La Doctrine Secrète n’est pas un traité, ou une série de théories vagues, mais elle contient tout ce qui peut être donné au monde au cours de ce siècle » (S.D., I, xxxviii). Mais même abordé sous cet angle, ce livre n’est qu’un lac, comparé au puissant océan de la Religion-Sagesse, au sujet duquel H.P.B. dit : « Les présents volumes…, tout en exposant ouvertement bien des principes fondamentaux de la DOCTRINE SECRÈTE de l’Orient, ne soulève qu’un tout petit coin du voile opaque. Car personne, même pas le plus grand adepte vivant, ne serait autorisé ou ne pourrait – même s’il le voulait – révéler sans restriction à un monde moqueur et sceptique, ce qu’on a si bien réussi à lui cacher durant de longs éons et des âges sans nombres » (S.D. I, xvii). H.P.B. fait encore allusion à ce qui « est maintenant autorisé à venir à la lumière, après de longs millénaires de silence et de silence et de secret les plus profond » (S.D. I, xxii). Et elle ajoute : « Les archives que nous voulons présenter au lecteur embrassent les principes ésotériques du monde entier depuis le commencement de notre humanité » (S.D., I, xx) ; « ce qui est donné dans ces livres est une sélection tirée d’enseignements oraux, autant que d’enseignements écrits » (S.D., I, xxxvii).

Le but de ce livre est ainsi décrit : « Montrer que la Nature n’est pas « un concours fortuit d’atomes » et assigner à l’homme sa vraie place dans le plan de l’Univers ; sauver de la dégradation les vérités archaïques qui sont la base de toutes les religions ; et dévoiler, autant que possible, l’unité fondamentale d’où elles ont toutes jailli ; finalement, démontrer que la Science et la civilisation modernes n’ont jamais approché le côté occulte de la Nature » (S.D., I, viii).

La base et la source du livre sont les Stances, traduites du Livre de Dzyan[1] [Note 1], « qui sont les annales d’un peuple inconnu de l’ethnologie ; on prétend qu’elles sont écrites en une langue absente de la nomenclature des langages et des dialectes connus de la philologie ; on dit qu’elles émanent d’une source (l’Occultisme) répudiée par la Science ; et, finalement, elles sont offertes par une entremise sans cesse discréditée dans le monde par tous ceux qui détestent les vérités qui les dérangent, ou qui ont une marotte spéciale à défendre » (S.D., I, xxxvii).

Avant même que les volumes fussent imprimés, le livre fut « dénoncé comme étant un produit de mon cerveau et rien de plus », écrit H.P.B. (S.D., II, 441, note), et elle ajoute :

« Voici en quels termes flatteurs l’Evening Telegraph (d’Amérique) parle de cet ouvrage, non encore publié, dans son numéro du 30 juin 1888 : « Parmi les livres passionnants pour la lecture de juillet, se trouve le nouveau livre de Mme Blavatsky sur la Théosophie…(!), LA DOCTRINE SECRÈTE … Mais le fait qu’elle puisse s’élancer à nouveau dans l’ignorance des Brahmines… (!?)…n’est pas une preuve que tout ce qu’elle dit est vrai ». Une fois ce verdict rendu, entièrement dicté par le préjugé et fondé sur la fausse information que mon livre était publié et que le critique l’avait lu  –  deux faits qui n’étaient pas et ne pouvaient pas être – maintenant que le livre est vraiment publié, ce critique devra confirmer sa première déclaration, qu’elle ait été correcte ou non, et ne pourra probablement en sortir que par une critique encore plus cinglante. »

En dépit de sa source et de son fondement, ce livre ne peut être appelé une Révélation. Il n’est  nullement présenté sous ce jour : « L’auteur ne revendique pas davantage la position de révélatrice d’une science mystique rendue publique pour la première fois dans l’histoire du monde » (S.D., I, vii). Mais l’étudiant sincère peut s’assurer de son authenticité d’après ce que les Maîtres eux-mêmes ont déclaré (lire en prologue le document : Quelques Observations sur l’Étude de la Doctrine Secrète d’H.P. Blavatsky – Éd. Theosophy Company India). Les étudiants devraient percevoir par eux-mêmes la merveilleuse unité qui existe dans tout ce qu’H.P.B. a écrit, depuis le commencement jusqu’à la fin ; et, plus encore, la concordance de ses enseignements avec ceux qui ont été déjà consignés à travers les âges.

L’étudiant doit être aussi préparé à voir les savants modernes désavouer ce livre – quoique la véhémence avec laquelle on le critique maintenant soit moins forte qu’au moment de sa publication. Cette critique et cette opposition sont naturelles d’un certain point de vue, dans la mesure où, pour reprendre les termes mêmes d’H.P.B., « c’est une conception tout à fait erronée [de penser] que l’ouvrage appelé par moi Doctrine Secrète soit toujours destiné à faire étroitement corps avec les données de la science moderne » (revue Théosophie, vol. II, 156).

Or, quel que soit l’antagonisme des savants contre la personnalité d’H.P.B., leurs découvertes et leurs enseignements récents se rapprochent de plus en plus des doctrines de la Philosophie Ésotérique. Sa prédiction s’accomplit : « ce n’est qu’au cours du XXe siècle que certaines parties de cet ouvrage, sinon le tout, seront prouvées » (S.D., II, 442). « Durant le vingtième siècle de notre ère, les érudits commenceront à reconnaître que la Doctrine Secrète n’a été ni inventée, ni exagérée, mais se trouve, au contraire, simplement esquissée ; et finalement, que ses enseignements précèdent les Védas. Il n’y a là aucune prétention à la prophétie, mais simplement une affirmation fondée sur la connaissance des faits » (S.D., I, xxxvii). « Nous sommes proche de la fin du cycle de 5.000 ans de l’actuel Kali-Yuga aryen ; et entre cette année (1888) et 1897 une grande déchirure sera faite dans le Voile de la Nature, et la science matérialiste recevra un coup mortel » (S.D., I, 612). L’étudiant fera bien de dresser par lui-même une liste des découvertes scientifiques de la période en question, afin de voir comment « un coup mortel » fut porté, et  comment on découvrit que la nature de la matière elle- même était « différente de la théorie de la matière lourde et inerte et du matérialisme intransigeant des savants de l’époque victorienne », pour citer les paroles de Sir James Jeans, Président en 1934 de l’Association Britannique pour le Progrès de la Science.

Le livre est en deux volumes ; les étudiants doivent rejeter comme une contrefaçon le soi-disant troisième volume qui fut publié pour la première fois, six ans après la mort d’H.P.B ; il ne fait pas partie de la véritable Doctrine Secrète. Ils doivent aussi être mis en garde contre les éditions soi-disant revues. L’édition de la L.U.T., en deux volumes reliés en un, et imprimée à New-York en 1925, est authentique[2] [Note 2].

A la fin du second volume, H.P.B. écrivit ceci :

« Mais quand il sera prouvé d’une façon indéniable que la prétention des nations asiatiques modernes à une science secrète et à une histoire ésotérique du monde, est fondée sur des faits ; que, bien qu’elle soit inconnue jusqu’ici des masses et soit un mystère voilé même pour les érudits (parce qu’ils n’eurent jamais la clef d’accès à l’exacte compréhension des abondantes suggestions que leur offraient les anciens classiques), cette science n’est pourtant pas un conte de fées, mais une réalité – alors le présent ouvrage – deviendra le précurseur de beaucoup d’autres livres de ce genre » (S.D., II, 795).

Une première étude du grand Livre de la Théosophie pour le XXe siècle ne saurait mieux se terminer que par le sage avertissement que donne à son sujet H.P.B. elle-même :

« On ne saurait trop rappeler au lecteur que ces enseignements sont aussi vieux que le monde, ainsi que le prouvent les abondantes citations tirées des diverses Écritures Anciennes ; et que le présent ouvrage n’est qu’une simple tentative pour donner, en langage moderne et dans une terminologie familière aux étudiants scientifiques et instruits, la Genèse Archaïque et l’Histoire telles qu’elles sont enseignées dans certains centres asiatiques de connaissance ésotérique. Ces enseignements doivent être acceptés ou rejetés sur leurs propres mérites, complètement ou partiellement ; mais on ne peut le faire avant de les avoir soigneusement comparés aux dogmes religieux et aux théories et spéculations scientifiques sur les mêmes sujets » (S.D., II, 449)

 

 

 

 

[1] Pour la prononciation du mot, voir The Secret Doctrine, I, xx, note.

[2] Éd. Theosophy Company USA. Seuls les quatre premiers volumes en français, avec des révisions qui ne sont pas dans les originaux édités par H.P. Blavatsky, correspondent aux deux volumes en anglais,.

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