Le Mystère de l'Individualitè - II - La Monade en tant que Unité

« En qualifiant les animaux de ‘‘sans Âme’’ nous n'entendons pas dépouiller les bêtes, depuis la plus humble jusqu'à la plus haute, de la possession d'une ‘‘Âme,’’ mais seulement de celle d'une Âme-Ego, c'est-à-dire de ce principe qui survit à l'homme et se réincarne dans un homme semblable. L'animal possède un corps astral qui survit à la forme physique pendant une courte période de temps, néanmoins sa Monade (animale) ne se réincarne pas dans la même espèce, mais dans une espèce supérieure … (S.D. II, p. 196, fn.)

Ceci est expliqué plus loin dans le même volume :

 « …les deux "principes" supérieurs [Atma-Buddhi ou la Monade] ne peuvent posséder aucune individualité sur la Terre, ne peuvent être homme, à moins qu'il n'existe : (a) le Mental, le Manas-Egos, pour se connaître, et (b) la fausse Personnalité terrestre, ou le Corps des désirs égotistes et de la Volonté personnelle, pour cimenter le tout, comme autour d'un pivot (ce qui est bien le cas) avec la forme physique de l'homme…. Incarnez la Monade Spirituelle d'un Newton, greffée sur celle du plus grand Saint de la Terre, dans le corps physique le plus parfait que vous puissiez imaginer… et, s'il est dépourvu de deux "principes", le moyen et le cinquième, vous aurez créé un idiot – ou, tout au plus, une belle apparence sans âme, vide et inconsciente. Le "Cogito – ergo sum." ne saurait trouver place dans le cerveau d'une pareille créature, sur ce plan, tout au moins. » (S.D. II, p. 241-2)

Atma et Buddhi ne sont donc pas incarnés, même pas dans l’homme, exception faite à travers Manas. Pour la Monade, notre matière n’a point d’existence. Seul Manas existe pour elle, et constitue la seule ‘‘existence.’’ La Monade, Atma-Buddhi, ne s’étant unie au physique qu’en raison de la ‘‘descente’’ de l’Ego réincarnant, représente la ligne spirituelle de l’évolution.

Au regard de ceci, on peut constater que ‘‘l’individualité’’, est utilisée au moins de deux façons, relativement à la Philosophie de la Théosophie. Dans les règnes inférieurs, le terme peut être appliqué pour désigner les centres monadiques, ou ‘‘étincelles de l’éternité’’ ; néanmoins, ces centres, sont des unités temporaires. Immortelles en essence, elles peuvent être totalement absorbées en entrant dans le rayon d’activité des entités plus élevées. Elles sontdes unités, elles sont immortelles, mais ne le savent pas. Elles possèdent la mémoire, mais quoique chargées d’impressions, ne peuvent activer leurs propres mémoires ; dès lors que ces mémoires sont stimulées, elles ne peuvent cesser de se rappeler. Elles ont des perceptions directes, instinctives et hautement intelligentes, mais n’en n’ont pas conscience, elles agissent, et ne peuvent volontairement initier d’action. Elles ne possèdent pas de formes qui leurs soient propres, mais se servent de toutes les formes qui leurs sont accessibles.

Si nous pensons aux innombrables atomes, sur tous les plans, qui vont constituer un monde tel que le nôtre, est-il concevable que la vie dans chacun de ces plans soit  destinée à devenir un homme? Du fait que les atomes sont sous un aspect, les émanations d’intelligences supérieures impersonnelles, ce n’est qu’un petit nombre qui peut-être, devient évolué et développe sans cesse des centres individuels, capables d’attirer et d’absorber des vies inférieures, et d’entrer dans le sentier de croissance individuelle. L’analogie suggère qu’il en est ainsi, quand on pense aux trillons de semences qui n’ont jamais germé, et ne qui sont jamais devenues des arbres et des plantes individuels. Elles ne sont pas perdues pour autant, mais gardent leurs places inestimables en tant que fertilisants et nourritures pour le reste. En fait, il peut apparaître qu’à travers un tel service, l’inférieur devient une partie permanente du supérieur, partageant sa croissance et son expérience. Une fois que le nectar des fleurs différentes est uni au miel dans la ruche, la contribution ‘‘individuelle’’ des fleurs se dissout en un tout.

À chaque incarnation, l’homme se développe à travers le processus d’‘‘assimilation,’’ transformant en permanence la vie inférieure jusqu’au plan du penseur soi-conscient. Ainsi, le corps  physique ‘‘sert de véhicule de  ‘croissance’ (pour se servir d’un terme inapproprié) et de transformations à travers Manas et – compte tenu de l’accumulation des expériences – du fini à  l’INFINI, du temporaire à l’Eternel et Absolu.’’

Les problèmes tournant autour de l’individualité de l’homme sont nombreux. Y’a-t-il un début à l’individualité ou à la soi-conscience ? Si elle commence dans le  temps, ne cessera-t-elle pas inévitablement un jour ? Si les unités individuelles sont absorbées dans la Vie Une pendant le Pralaya, par quelle logique s’assurer qu’elles ré-émergeront sous les mêmes identités ? Y’a-t-il des entités soi-conscientes et individualisées, activement présentes au début d’un nouvel univers ? Dès lors que le terme ‘‘ monade’’ par dérivation, signifie, une unité, toutes les monades sont-elles permanentes, des unités individualisées, la monade d’un atome deviendra-t-elle alors un jour, celle d’un homme ? La dernière question concerne cet article ; les autres seront traitées  ultérieurement.

Le terme ‘‘monade’’ signifie une unité; considérée comme une unité, la Monade est vie – quoique, du point de vue de H.P.Blavatsky, le terme ‘‘pourrait  s’appliquer aussi bien aux vastes Systèmes Solaires qu’au plus petit atome.’’ (The Secret Doctrine, I, p. 21). Ailleurs elle indique que : ‘‘Les Monades (Jivas) sont les Ames des Atomes,’’ (S.D. I, p. 619) et dans l’extrait suivant elle fait référence à leur individualité :

« Les Monades qui font l’objet de notre dissertation sont traitées, en ce qui concerne leur individualité, comme des Âmes atomiques, avant que ces atomes descendent dans une forme purement terrestre. Car, cette descente dans la matière concrète marque le point médian de leur propre pèlerinage individuel. Là, perdant, dans le règne minéral, leur individualité, elles commencent à monter à travers les sept états de l’évolution terrestre ». (S.D. I, p. 619)

La source de la vie monadique, qui cause la différentiation dans les règnes inférieurs de la nature en centres individuels, est clairement démontrée dans Transactions of the Blavatsky Lodge :

« Les différentes variations des plantes, etc., sont des rayons brisés d’un seul Rayon. Lors du passage du rayon à travers les sept plans, il est brisé en milliers et millions de rayons sur chaque plan jusque dans le monde des formes, chaque rayon se revêtant alors de l’intelligence propre à son plan. Ainsi  chaque plante possède l’intelligence,  ou pour ainsi dire, un but de la vie, et un libre arbitre jusqu'à un certain degré qui lui est propre, …sans exception chaque plante sent et possède une conscience qui lui est inhérente. Mais au-delà de cette dernière, chaque plante – depuis l’arbre gigantesque jusqu’au plus petit brin d’herbe – possèdent, nous enseigne l’Occultisme, une entité Elémentale, qui est le vêtement extérieur sur ce plan. » (p. 97)

« L’Occultisme…maintient qu’une fois différenciée, chaque atome de matière, se revêt de sa propre forme de Conscience. Chaque cellule dans le corps humain (comme dans chaque animal) est dotée d’un discernement, d’un instinct qui lui est propre, et, relativement parlant, d’une intelligence. » (p. 25)

En abordant néanmoins le concept de l’individualité ‘‘séparée,’’ H.P.B. maintient que ‘‘Les Monades ne sont pas des Principes distincts, limités ou conditionnés, mais des rayons de cet unique Principe universel absolu. L'entrée d'un rayon de soleil, à la suite d'un autre, par la même ouverture, dans une chambre obscure, ne constituera pas deux rayons, mais un seul, plus puissant.’’ (S.D. II, p. 167). Il est clair que, l’utilisation de la forme plurielle pour le mot Monade, en rapport avec les règnes minéral, végétal, et animal résulte des difficultés d’explications, et que l’étudiant ne doit jamais perdre de vue, l’idée de l’unité. La référence suivante extraite de La Doctrine Secrète fait voler en éclat, tous les concepts selon lesquels, les monades dans les règnes inférieurs sont des entités pleinement individualisées :

« L’Essence Monadique, ou plutôt Cosmique (si on peut employer ce terme) dans les règnes minéral, végétal et animal, quoique la même à travers les séries de cycles, du règne élémental le plus bas au Royaume des Devas, diffère cependant selon le degré de sa progression. Ce serait se tromper fort que d’imaginer une Monade comme une Entité séparée, s’acheminant lentement sur un sentier distinct à travers les règnes inférieurs, et s’épanouissant, après une série incalculable de transformations, en un être humain, comme, par exemple, si la Monade de Humbold provenait de celle d’un atome d’hornblende [un minéral]. Au lieu de dire ‘‘Monade Minérale’’, ce qui est une expression correcte en Science Physique, qui différencie chaque atome, il aurait été, évidemment, préférable de la désigner par ‘‘Monade se manifestant dans cette forme de Prakriti appelée le Règne Minéral’’. L’atome, tel qu’il est représenté dans l’hypothèse scientifique ordinaire, n’est pas une particule de quelque chose, qui serait animée par un quelque chose de psychique, destinée, après des éons, à s’épanouir en un homme. Mais c’est une manifestation concrète de l’Énergie Universelle, non encore individualisée ; une manifestation séquentielle de la Monas Universelle et unique. L’océan (de matière) ne se divise pas en gouttes potentielles et constituantes, avant que l’onde d’impulsion de vie n’atteigne le stade évolutif de naissance à l’humain. La tendance à la ségrégation en Monades individuelles est graduelle et, dans les animaux supérieurs, elle y arrive presque. Les péripatéticiens appliquaient le mot Monas au Kosmos [Cosmos] entier et dans le sens panthéiste ; les Occultistes, tout en acceptant cette pensée par commodité, distinguent cependant les stades du progrès de l’évolution de l’abstrait au concret, par des termes tels que ‘‘Monade Minérale, Végétale, Animale, etc.’’ par exemple. L’expression signifie simplement que la vague de l’évolution spirituelle passe à travers cet arc de son circuit. ‘‘L’Essence Monadique’’ commence imperceptiblement à se différencier en conscience individuelle dans le règne végétal. Les Monades ne sont pas des choses composées, comme Leibnitz a défini justement, c’est l’essence spirituelle qui les vivifie dans leurs divers degrés de différentiation qui constitue, à proprement parler la Monade ; et non l’agrégation atomique, qui, elle, n’est que le véhicule, et la substance à travers laquelle vibrent les degrés inférieurs et supérieurs d’intelligence. » –  (The Secret Doctrine, I, p. 178-9)

 Pourquoi est-il déroutant d’imaginer une Monade comme une entité séparée poursuivant lentement son chemin à travers les règnes inférieurs dans un sentier distinct ? Pourquoi apparaît-il qu’à un certain moment, les monades soient considérées comme des unités, et que par la suite, leur individualité soit mise en question ? Anticipant ces objections H.P.B. affirme :

  A SUIVRE…

Article traduit de la revue américaine Theosophy (Vol. 42 n° 8)

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