Qu’est-ce que la Théosophie pratique ?

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Extraits du Chapitre XII de La Clef de la Théosophie, par H.P. Blavatsky

Le devoir

« On ne peut atteindre autrement le but final que par les expériences de la vie, et que celles-ci sont en général faites de douleur et de souffrance. Ce n'est qu'en traversant ces épreuves que nous pouvons apprendre. Les joies et les plaisirs ne nous enseignent rien ; ils sont passagers et ne peuvent amener, à la longue, que la satiété. D'ailleurs, le fait que nous ne réussissions jamais à trouver dans la vie une satisfaction permanente qui réponde aux besoins de notre nature supérieure nous montre clairement qu'il n'est possible de satisfaire ces besoins que sur le plan auquel ils appartiennent, c'est-à-dire le plan spirituel.

« Notre philosophie nous enseigne que l'accomplissement de nos devoirs envers tous les hommes, et envers nous-mêmes en dernier lieu, n'a pas pour but de conduire à notre bonheur personnel, mais au bonheur des autres ; il faut faire le bien pour le bien, non pour ce qu'il peut nous procurer. Le bonheur, ou plutôt le contentement, peut effectivement résulter de l'accomplissement du devoir, mais n'en est pas le motif et ne devrait pas l'être.

« Le devoir est ce qui est dû à l'humanité — à nos semblables, nos voisins, notre famille — et c'est surtout ce que nous devons à tous ceux qui sont plus pauvres et plus démunis que nous. Si nous ne nous acquittons pas de cette dette de notre vivant, notre prochaine incarnation nous trouvera en état d'insolvabilité spirituelle et de faillite morale. La Théosophie est la quintessence du devoir.

« Enfin, puisque vous me demandez de quelle façon nous entendons le devoir théosophique d'une manière générale, et du point de vue de karma, je puis vous répondre que notre devoir est de boire jusqu'à la lie, et sans murmurer, tout ce que la coupe de la vie peut avoir pour nous ; de cueillir les roses de l'existence uniquement pour le parfum qu'elles peuvent répandre sur les autres, et de nous contenter nous-mêmes des épines, si nous ne pouvons jouir du parfum sans qu'un autre en soit privé.

« Qu'est-ce qui, selon vous, est dû à l'humanité en général ? C'est la pleine reconnaissance pour tous, sans distinction de race, de couleur, de position sociale ou de naissance, de l'égalité de tous les droits et privilèges.

« Prenez-vous une part quelconque à la politique ? En tant que Société, nous nous en gardons soigneusement, et pour les raisons exposées ci-après. Chercher à faire des réformes politiques avant d'avoir réformé la nature humaine, c'est mettre du vin nouveau dans de vieilles outres. Amenons les hommes à sentir et à reconnaître au fond de leur cœur ce qu'est leur devoir véritable et réel envers tous, et tous les vieux abus de pouvoir, toutes les lois iniques en vigueur dans la nation et basées sur l'égoïsme humain, social ou politique, disparaîtront du même coup. »

Les rapports de la Société Théosophique avec les réformes

[Le Mouvement Théosophique] n'est pas une organisation politique.  Il est international, au sens le plus élevé du mot, du fait que ses membres sont des hommes et des femmes appartenant à toutes les races, à toutes les croyances, comme à tous les courants de pensée, et qui sont unis pour travailler dans le même but : l'amélioration de l'humanité. Il ne s'occupe en aucune manière de politique.

« Les principes à la base de toute coopération dans le domaine social et pour l’amélioration de la société, sont : l'unité et la causalité universelles, la solidarité humaine, la loi de karma, la ré-incarnation. Ce sont là les quatre anneaux de la chaîne d'or qui devrait unir l'humanité en une seule famille, en une seule Fraternité universelle. […] Si l'action d'un seul réagit sur la vie de tous — et si c'est là la véritable idée scientifique — il s'ensuit que l'on n'atteindra cette réelle solidarité humaine, qui est à la base même de l'élévation de la race, que si tous les hommes deviennent frères et toutes les femmes sœurs, et que si tous adoptent dans la pratique de leur vie quotidienne un vrai comportement de frères et de sœurs. C'est dans cette action et cette réciprocité, cette conduite authentique qui devrait exister entre des frères et des sœurs, s'efforçant de vivre un pour tous et tous pour un, que se trouve l'un des principes fondamentaux de la Théosophie que chaque théosophe devrait se sentir tenu non seulement d'enseigner, mais de mettre en pratique dans sa vie personnelle.

« L'égoïsme, l'indifférence et la brutalité ne peuvent, en aucun cas, être l'état normal de la race ; nourrir une telle croyance serait désespérer de l'humanité, et cela aucun théosophe ne peut le faire. Le progrès est atteint par le développement des qualités les plus nobles et uniquement de cette façon. Or, la vraie doctrine de l'évolution nous enseigne qu'en changeant le milieu où se trouve l'organisme on peut changer et améliorer l'organisme lui-même : cela s'applique également, et avec autant de vérité, à l'homme. Chaque théosophe doit donc faire son possible pour aider, par tous les moyens en son pouvoir, tout effort social raisonnable et réfléchi ayant pour objet l'amélioration de la condition des pauvres.

« C'est la loi de karma elle-même qui donne de la force [au sentiment du devoir]. L'individu ne peut pas plus se séparer de la race que la race de l'individu. La loi de karma s'applique également à tous, quoique tous ne soient pas également développés. En contribuant au développement de ses semblables, le théosophe croit non seulement les aider à accomplir leur karma, mais, en même temps, s'acquitter strictement du sien. Il a toujours en vue le développement de l'humanité, dont lui et les autres font partie intégrante. Et il sait, de plus que, chaque fois qu'il néglige de répondre aux injonctions de ce qu'il y a de plus élevé en lui, il retarde non seulement la marche de son progrès mais celle de tous les autres. Par ses actions, il a la faculté de rendre plus pénible, ou plus facile, à l'humanité l'accession au plan suivant et plus élevé de l'être.

« Si notre vie actuelle dépend du développement de certains principes qui se sont élaborés à partir des germes laissés après une existence antérieure, la loi s'applique aussi nécessairement à l'avenir. Une fois que nous nous serons pénétrés de l'idée que le principe de causalité universelle n'agit pas seulement dans le présent, mais englobe à la fois le passé, le présent et l'avenir, chaque action, sur le plan qui est actuellement le nôtre, trouvera naturellement et aisément sa vraie place et nous apparaîtra dans son véritable rapport avec nous-mêmes et avec les autres. »

De l’abnégation

« L'idéal le plus haut de la Théosophie c'est l'abnégation, le sacrifice de soi. Voilà ce qui caractérise éminemment l'idéal des plus grands Maîtres et Instructeurs de l'Humanité — tels que le Bouddha Gautama de l'Histoire et le Jésus de Nazareth des Évangiles. Ce trait seul a suffi à leur assurer la vénération et la reconnaissance perpétuelle des générations qui les suivirent. Il convient pourtant de dire que l'abnégation doit être pratiquée avec discernement ; car un tel sacrifice de soi fait aveuglément, sans jugement et sans égard pour les résultats qu'il entraîne, peut souvent se révéler mutile et même nuisible. Une des règles fondamentales de la Théosophie est la justice envers soi-même, en se considérant comme une unité de l'ensemble de l'humanité, non pas une justice que l'on s'accorderait personnellement, mais bien plutôt que l'on se rendrait impartialement — en ne s'octroyant ni plus ni moins qu'aux autres. À moins, en vérité, que par le sacrifice d'un seul soi nous puissions être utiles au plus grand nombre.

« Le sacrifice de soi est donc un devoir. Et la raison en est que l'altruisme fait intégralement partie du développement de soi. Mais nous devons faire preuve de discernement. [Pour] atteindre à une si grande élévation de l'âme [nous devons nous servir] de notre raison supérieure, de notre intuition spirituelle et de notre sens moral ; en suivant les injonctions de ce que nous appelons la « petite voix silencieuse » de notre conscience, qui est celle de l'Ego.  

« Le premier de tous les devoirs théosophiques est de remplir son devoir envers tous les hommes, et spécialement envers ceux à l'égard de qui nous avons des responsabilités particulières, pour les avoir contractées volontairement — tels les liens du mariage — ou parce que la destinée les a imposées, tels les devoirs envers nos parents et notre famille.

« [Envers soi-même te Théosophe doit] maîtriser et vaincre le soi inférieur au moyen du Soi Supérieur. Se purifier intérieurement et moralement ; ne craindre rien, ni personne, sauf le jugement de sa propre conscience ; ne jamais rien faire à demi — autrement dit, ce qu'on croit bien, le faire ouvertement et hardiment ; ce qu'on croit mal, s'en abstenir entièrement. C'est le devoir du théosophe d'alléger son fardeau en pensant à ce sage conseil d'Épictète : « Ne te laisse détourner de ton devoir par aucun des jugements oiseux que le monde insensé peut porter sur toi, car, comme tu n'as aucun pouvoir sur ses critiques, elles ne devraient pas te préoccuper. »

La charité

[La Théosophie parle] « de la charité pratique, et l'idée que nous nous faites de la fraternité universelle doit nécessairement renfermer la charité de la pensée.

« II faut agir individuellement et non collectivement ; suivre les préceptes du bouddhisme du Nord : « Ne te sers jamais de la main d'un autre pour mettre de la nourriture dans la bouche d'un affamé » ; « Ne permets jamais que l'ombre de ton voisin (d'une tierce personne) s'interpose entre toi et l'objet de ta bienveillance » ; « Ne laisse jamais au soleil le temps de sécher une larme avant que tu ne l'aies essuyée » ; et encore : « Ne donne jamais, par l'intermédiaire de tes serviteurs, de l'argent aux nécessiteux, ni de la nourriture aux prêtres qui mendient à ta porte, de peur que ton argent n'amoindrisse la gratitude et que ta nourriture ne se transforme en fiel. »

« Les idées théosophiques sur la charité impliquent un engagement personnel en faveur des autres ; une miséricorde et une bienveillance personnelles ; un intérêt personnel pour le bien-être de ceux qui souffrent ; une sympathie, une prévoyance et une assistance personnelles dans leurs peines et leurs besoins. »

La Théosophie pour les masses

« Le mental est si plein de subtilités intellectuelles et d'idées préconçues que votre intuition et votre perception naturelle de la vérité se trouvent paralysées. Ni la métaphysique, ni l'instruction ne sont nécessaires pour faire comprendre à un homme les grandes vérités du karma et de la réincarnation.  

« Nous, théosophes, disons que le progrès, et la civilisation, dont on dit tant de bien, ne valent pas mieux qu'une nuée de feux follets voltigeant au-dessus d'un marécage d'où s'exhalent des miasmes délétères et mortels. Cela, parce que nous voyons sortir de cette boîte de Pandore, que vous nommez un âge de progrès, l'égoïsme, le crime, l'immoralité et tous les maux imaginables qui fondent sur l'infortunée humanité, et qui augmentent au même rythme que le développement de votre civilisation matérielle.

« Seule la philosophie peut préserver un homme intelligent et instruit de ce suicide intellectuel qu'est la croyance basée sur une foi ; et ce n'est que par l'assimilation de la logique serrée et de l'enchaînement cohérent des doctrines orientales, sinon ésotériques, qu'il peut se pénétrer de leur vérité. D'ailleurs, la conviction engendre l'enthousiasme, et « l'enthousiasme », comme le dit Bulwer Lytton, « est le génie de la sincérité, sans lequel la vérité ne remporte aucune victoire ». Emerson observe aussi, avec beaucoup de justesse, que « tout grand mouvement qui s'inscrit dans les annales du monde consacre le triomphe de l'enthousiasme ».

« L'essentiel est de détruire la source la plus fertile de tout crime et de toute immoralité : la croyance que les hommes peuvent échapper aux conséquences de leurs propres actions. Faites-leur comprendre une bonne fois la vérité des lois de karma et de ré-incarnation, les plus grandes d'entre toutes les lois, et ils réaliseront en eux-mêmes la vraie dignité de la nature humaine, et ils se détourneront du mal en l'évitant comme ils fuiraient un danger physique.

Comment les membres peuvent aider le Mouvement Théosophique

« D'abord, en étudiant et en comprenant bien les doctrines théosophiques, afin de pouvoir les enseigner aux autres, particulièrement aux jeunes. Deuxièmement, en saisissant toutes les occasions d'en parler autour d'eux, et d'expliquer ce qu'est et ce que n'est pas la Théosophie ; en corrigeant les idées fausses en ce qui la concerne et en suscitant de l'intérêt pour ce sujet. Troisièmement, en aidant à répandre notre littérature, en achetant, s'ils en ont les moyens, des livres théosophiques en vue de les prêter ou de les donner dans leur entourage, et en incitant leurs amis à en faire autant. Quatrièmement, en défendant [le Mouvement Théosophique] par tous les moyens légitimes en leur pouvoir contre les calomnies injustes répandues contre elle. Cinquièmement, et c'est là le plus important, par l'exemple de leur propre vie.

« Ce que le théosophe doit faire avant tout, c'est oublier sa personnalité. »

Ce qu’un Théosophe ne doit pas faire

« Les dangereux écueils épars sur la pleine mer de la Théosophie :  Nul théosophe ne doit garder le silence lorsqu'il entend proférer des paroles de médisance ou des calomnies à l'égard du [Mouvement Théosophique] ou de personnes innocentes, que ces personnes soient des collègues ou des étrangers.

« La pitié et la tolérance, la charité et la longanimité devraient toujours nous porter à excuser nos frères coupables et juger avec la plus grande douceur possible ceux qui s'égarent. Un théosophe ne doit jamais oublier de faire la part des insuffisances et des faiblesses de la nature humaine.

« [Le devoir du Théosophe est] ce que sa conscience et sa nature supérieure lui suggèrent, mais seulement après mûre réflexion. La justice consiste à ne faire de mal à aucun être vivant. La justice nous ordonne de ne jamais permettre que des innocents, ou même qu'un seul innocent, subissent un tort quelconque en laissant au coupable la liberté d'agir à sa guise.

« Nul théosophe ne devrait se contenter de mener une vie oisive ou frivole, sans utilité pour lui-même et encore moins pour les autres. S'il n'est pas capable de faire de grands efforts pour aider l'humanité, qu'au moins il travaille à se rendre utile au petit nombre de gens qui ont besoin de son aide, et contribue par là au progrès de la cause théosophique.

« Chaque membre devrait considérer comme son devoir d'assumer la plus grande part possible du travail commun, et d'y contribuer par tous les moyens en son pouvoir.

« Nul théosophe ne devrait placer sa vanité ou ses sentiments personnels au-dessus des intérêts de la Société prise dans son ensemble.

« Nul membre n'a le droit de rester inactif, sous prétexte qu'Il a trop peu de connaissance pour être à même d'enseigner. Car il peut être sûr qu'il trouvera toujours quelqu'un qui en saura moins que lui. D'ailleurs, c'est seulement lorsqu'un homme se met à la tâche d'instruire les autres qu'il découvre sa propre ignorance et qu'il s'efforce d'y remédier.

« Les plus importants des devoirs théosophiques sont d’être toujours prêt à reconnaître et à confesser ses propres fautes ; pécher plutôt par excès de louange que par manque d'appréciation des efforts de son prochain ; ne jamais médire d'autrui ni le calomnier ; lui avouer toujours franchement et face à face tout ce qu'on a contre lui ; ne jamais se faire l'écho du mal qu'on peut entendre à son sujet et ne point garder rancune à ceux qui ont parfois une conduite blessante.

« [Le Théosophe doit mettre en garde contre la médisance] : Mais, vraie ou fausse, il ne faut jamais répandre une accusation contre quelqu'un. Si elle est vraie, et que la faute commise n'affecte que le coupable, laissez-le à son karma. Si elle est fausse, vous aurez évité d'ajouter à l'injustice du monde. Voilà pourquoi il faut garder le silence sur ces choses devant tous ceux qu'elles ne concernent pas directement. »


 

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